Reconnaissance éternelle

‘Les livres ne meurent plus, aujourd’hui.’ Merci Christophe Hondelatte pour cette magnifique prophétie mais la réalité est plus complexe que cela. Rappelons le contexte. Après une de ses histoires, Christophe Hondelatte se réfère au fait que désormais les textes sont enregistrés sur Internet. Donc virtuellement, ils ne disparaissent plus puisque leur lieu de stockage est indéfini et accessible par tous. Enfin, çà c’est en principe.

En pratique, sur Internet les choses sont un peu plus complexes. Revenons dans le passé de l’informatique. Le premier support numérique ce sont des cartes perforées. Intéressant. Mais ce support présente plusieurs problèmes. Cela prend de la place. Les machines qui peuvent lire ces cartes ne fonctionnent plus. Les machines ne communiquent pas entre elles, … Même si on revient dans un passé proche, avec les supports magnétiques (cassettes, disquettes, disque durs, …) les interfaces pour lire ces supports ont presque disparues pour ceux qui ne sont plus utilisés de nos jours.

Vous me direz que ces supports ont été supplantés par les disques optiques. Qui a un lecteur de CD, DVD ou Bluray sur son ordinateur aujourd’hui ? Pire que cela, ces support, dits pouvant durer 100 ans, n’en font pas 10 en moyenne, pour une raison simple. Si vous avez ‘gravé’ votre CD, vous n’avez fait que brûler une couche photosensible, donc sensible aux effets du soleil et du temps. Si votre CD était pressé, les rayures l’auront rendu illisible.

Et les disques SSD ? Ils sont trop récent pour savoir quelle est leur vrai duré de vie. En pratique, les supports ‘longue durée’ utilisés sur Internet sont des disques durs magnétiques qui sont réécrits régulièrement pour ne pas perdre l’information. Finalement, le papier pour conserver l’information est relativement efficace. Les gravures et les peintures rupestres restent aussi un excellent support, mais on n’a plus assez de pierres et de grottes pour la production actuelle.

Le deuxième problème est l’information. Je ne sais plus quelle quantité d’information on produit chaque jour, mais c’est du style 2 ans d’informations créées depuis l’an 2000 représente plus d’information que tout ce qui a été créé au cours des deux précédents millénaires. Et ce n’est pas de l’information de qualité. Je résume, Internet n’a pas 25 ans, les supports informatique ont besoin de beaucoup de soins pour perdurer et l’information intéressante se retrouve au même niveau que la dernière bourre du moindre étudiant.

Donc aussi intéressante que soient les histoires dénichées par Christophe Hondelatte, il est peut probable qu’elles soient citées le siècle prochain comme des exemples de notre société. OK, je noircis le tableau. En pratique, il existe bien des projets pour conserver notre patrimoine intellectuel. Et je parle de patrimoine intellectuel et non de la vie ((privée)) publique de monsieur tout-le-monde.

Depuis des années, Google en tête et la bibliothèque nationale de France (BNF) chez nous, copient sur des supports numériques les ouvrages papiers. Cet archivage se fait sur des supports numériques. La recherche aussi est sur le coup pour produire des supports ‘éternels’. Des matériaux extrêmement résistants et durable , cela existe. Des techniques pour graver des quantités fantastiques dans ces matériaux, cela existe. Tapez ‘3D optical data storage’ sur votre moteur de recherche favori et vous aurez des réponses. La volonté de sauver notre patrimoine culturel, des mécènes font cela depuis des millénaires. Je me suis donc un peu trop avancé par rapport à la prophétie de Hondelatte.

Il faut aussi que les outils qui permettent de lire ces supports le soient aussi. Et, je n’en ai pas parlé avant, il faut que les algorithmes de déchiffrement des ressources numérisées puissent lire même les archives qui ont été créées lors des précédentes décennies. Des fichiers créés il y a 30 ans sont parfois illisibles faute de programmes capables de les déchiffrer correctement. Il reste donc beaucoup de travail à faire.

La transmission de notre savoir pour les générations futures est un combat qui ne cessera pas. C’est un combat au vrai sens du terme quand on pense aux censeurs qui exercent leur profession depuis le premier écrit. Nous sommes dans une étape charnière. Nos supports actuels, même s’ils répondent à la multiplication de l’information, sont encore trop fragiles. Souhaitons que Hondelatte soit vu comme un prophète par les générations futures.

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