Greenwashing à la française

“Ressers-moi la petite sœur’. L’ambiance feutrée du bar du Sénat aide à la concentration. Et la dernière proposition nécessite de se mettre dans l’ambiance. Dans notre cas, un grand verre de d’absinthe s’impose. Il faut dire que le greenwashing n’a jamais été autant à la mode. Et nos nobles sénateurs y ont apporté leurs contributions. 

Faire croire que les véhicules électriques sont propres (si on excepte les coups de construction, de production de l’énergie et de déconstruction) leur était passé sous le nez. Mais ils ont eu leur revanche … avec Internet, grand pollueur devant l’Eternel. L’annonce à la radio de cette future taxe me surprend. Une rapide recherche sur Internet m’apporte plus d’informations.

Sous prétexte que l’énergie consommée par les équipements informatiques pourrait dépasser l’énergie nécessaire dans les transports aériens, ils proposent de taxer les forfaits téléphoniques mobiles et d’interdire les forfaits illimités … lesquels ? 

Pour rappel, pour 3 Mo (une chanson) échangés entre un téléphone portable et l’antenne téléphonique, l’énergie nécessaire est le triple d’une liaison filaire. Nos chers sénateurs oublient ensuite les milliers de kilomètres de câbles jusqu’au serveur, mais ce n’est pas grave. Tremblez Deezer et Spotify, Netflix et consorts, le Sénat aura votre peau … indirectement. 

Je ne peux me dire que l’article est si caricatural. Il faut que je trouve l’article d’origine du Sénat. En fait, c’est pire. Les arguments sont fumeux et la naïveté exciterait le moindre avocat américain qui y verrait l’occasion de procès gagnés d’avance. 

(1) Le besoin crée le service et le service crée le besoin. Maintenant que les utilisateurs sont habitués aux services de streaming et à la possibilité de le visualiser à tout moment, il paraît peu probable qu’ils reviennent en arrière même sous couvert de l’idéologie de ‘transition numérique écologique’. 

(2) Les réseaux sont toujours plus rapides. Dit autrement, pour télécharger un même contenu, il vaut mieux être en 4G qu’en 3G. S’il fallait 20 minutes pour télécharger une vidéo avec la version la plus performante de la 3G, il faut moins d’une minute dans la meilleure version de la 4G. Alors en 5G, l’énergie nécessaire sera encore plus faible même si l’usage augmente. 

(3) Il faut aussi prendre en compte l’amélioration des protocoles de compression des vidéos. Les vidéos que vous regardez à travers internet sont compressées avant d’être envoyées vers votre terminal. La norme actuelle est le H264. Sa version suivante, le H265 consomme 2 fois moins de données pour la même vidéo. Et la version suivante H266 divise encore par 2 la quantité de données. 

Il y a peu de chance que la taille des écrans des téléphones portables augmentent. Les pixels ne sont plus distinguables. La technologie évolue et réduit toujours l’énergie nécessaire pour fournir le même service. Les sociétés qui proposent ces services de streaming cherchent à diminuer leurs coût de fonctionnement. L’évolution technologique fait que la part d’énergie nécessaire diminue avec le temps puisque l’audience de ces services n’est pas illimitée. 

Pour rappel, la consommation d’énergie française représente 0,9% de la consommation mondiale. Le numérique français, c’est 2% de l’énergie consommée en France. Et la consommation de contenus numérique via la 4G est faible. Regarder une vidéo sera toujours plus confortable sur une télévision que sur un écran de 15 cm de diagonale. Disons 10%. Donc la vidéo sur smartphone consomme 0,002% de l’énergie mondiale. 

Et le Sénat veut faire croire que les vidéos sur Internet sont responsables des changements climatiques ? Taxons ces 0,002 % et interdisons les forfaits téléphoniques avec accès illimité aux données. Qui a fait l’étude sur laquelle se sont appuyés nos sénateurs ? C’était un projet de collégiens ?

Je ne crois pas que la question écologique se règlera en laissant faire le Marché. En même temps nous sommes le Marché. Et ce sont nos actes d’achat qui déterminent la direction prise par les industriels. Nos gouvernants peuvent nous inciter en jouant sur la fiscalité des produits et services … à condition qu’ils comprennent le domaine sur lequel ils interviennent.

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